Missionletter 14
2 avril 2003

De nouveau il les envoya…

“Ecoutez une autre parabole”, dit Jésus en Mt 21,33: 

« Un homme était propriétaire, et il planta une vigne… puis il la loua à des vignerons et partit en voyage. Quand approcha le moment des fruits, il envoya ses serviteurs aux vignerons pour en recevoir les fruits. Mais… De nouveau il envoya… mais… Finalement il leur envoya son fils…”

A la place des points de suspension, nous savons ce qui est arrivé: bastonnades, meurtres de la part des vignerons, en fin de compte refus catégorique, totale fermeture! Ce n’est pas tant cet aspect que je veux souligner aujourd’hui, mais l’insistance impressionnante du propriétaire de la vigne: il envoya, de nouveau il envoya, enfin il envoya… Il ne se rend pas, il ne baisse pas les bras, il ne se décourage pas! Saint acharnement de ce propriétaire. Quand Dieu décide quelque chose, rien de peut l’arrêter…

“car l’amour est fort comme la mort, la jalousie inflexible comme le shéol… les grandes eaux ne pourront éteindre l’amour, ni les fleuves le submerger.” (Cantique des cantiques 8,6-7)

N’est-ce pas cela que nous fêterons de nouveau solennellement dans 2 semaines lorsque nous suivrons Jésus dans sa Passion d’amour pour l’humanité, jusqu’à la mort et à la Résurrection? Le Seigneur ne regarde pas à lui-même, mais à ses enfants qui sont en danger de mort. Comme une mère qui voit son fils dans les flammes de sa maison en proie à un incendie et se jette dans le feu pour le sauver, ainsi notre Dieu s’est « jeté » dans notre monde, sans s’épargner, pour arracher l’homme à la mort. Quel mystère! Quel amour! Le méditer, le fêter, l’accueillir ne peut que renforcer notre désir de le répandre! Le répandre avec ce même acharnement, sans baisser les bras! Nous avons souligné plusieurs fois les nombreuses difficultés et souffrances liées à l’évangélisation. Aujourd’hui, les yeux fixés sur le Seigneur qui donne sa vie afin que personne ne soit perdu, continuons à nous laisser envoyer, envoyer de nouveau, et encore envoyer vers nos frères, vers ceux qui accueillent la Bonne Nouvelle, mais aussi vers ceux qui ont le coeur endurci. St Augustin, dans son discours n° 46 sur les bergers, s’adresse aux brebis perdues qui ne veulent pas entendre parler de salut, qui refusent absolument l’amour de Dieu, comme les vignerons de notre parabole. Ces brebis disent:

« Je veux me perdre, je veux m’égarer : »

St Augustin répond:

« Ainsi tu veux te perdre, ainsi tu veux t’égarer? Mais mois, à plus forte raison, je ne le veux pas… En fin de compte celui qui m’inspire la crainte ne le veut pas non plus… Je dois craindre plus toi que lui?… Je ramènerai donc la brebis perdue, j’irai à la recherche de celle qui s’est égarée, que tu le veuilles ou non, je le ferai. Même si dans cette recherche, je dois être lacéré par les ronces de la forêt et m’enfiler dans les lieux plus étroits…”

Et le docteur de l’Eglise d’ajouter, non sans humour:

« Si tu ne veux pas avoir l’embêtement de devoir me supporter, ne te perds pas, ne t’égare pas.»

Bien entendu il ne s’agit pas de forcer la liberté des gens. Face à la proposition de l’Evangile, chacun doit se prononcer librement. Mais les paroles de St Augustin sont pour nous un test, pour vérifier la force et l’intensité de notre désir que tous puissent accueillir l’Amour de Dieu dans leur vie. Ce discours nous interroge: à quel point en es-tu de ta « soif des âmes », de ton envie de voir tous les hommes accueillir le Salut ? Tu as déjà baissé les bras devant l’indifférence ou la fermeture de beaucoup, ou bien tu tiens bon et tu continues à témoigner. A tout prix, l’Evangile de la Vie?
Lorsqu’en dernier, il envoie son propre fils, le propriétaire de la vigne déclare:

« Ils respecteront mon fils ! » (Mt 21,37)

Cela veut dire qu’il croit en la possibilité d’un changement dans le cœur des vignerons. Il ne considère pas qu’ils sont perdus, même s’ils ont assassinés ses serviteurs. Dieu espère en l’homme, Dieu espère en nous plus que nous, nous espérons en lui. Quelle leçon ! Il nous invite alors à aller vers nos frères avec cette même espérance: quel que soit leur passé, ils peuvent changer, ils peuvent ouvrir leur coeur à l’amour de Dieu. Il n’est jamais trop tard, la situation n’est jamais désespérée. Voilà un autre point essentiel pour les missionnaires que nous sommes appelés à être. Sans cette espérance inconditionnelle qui parfois est une espérance contre toute espérance, nous nous décourageons vite et nous ne comptons plus sur l’action surprenante di Seigneur pour lequel rien n’est impossible.
Que cette Pâques 2003 soit vraiment pour nous tous un nouveau départ missionnaire plein d’espérance, grâce à l’aide de la Première Missionnaire de la Nouvelle Alliance, la Vierge Marie, qui épousa la volonté de salut du Père, en portant immédiatement Jésus à sa famille, sans s’arrêter aux difficultés. L’Amour aura le dernier mot!

En Christ,
Pierre Aguila

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