Missionletter 15
2 mai 2003
« Mon chant c’est le Seigneur »…
Deux fois dans la Parole de Dieu nous lisons: «Ma force et mon chant c’est le Seigneur» (Ex 15,2 et Is 12,2). Que le Seigneur soit notre force, nous le comprenons facilement, mais proclamer que “le Seigneur est mon chant”, c’est moins habituel. A partir de ce verset, je voudrais simplement réfléchir avec vous aujourd’hui sur l’importance de la musique et du chant dans l’évangélisation.
Moise entonne avec tout le peuple d’Israël ce fameux chant de victoire, immédiatement après le salut opéré par Dieu à la Mer Rouge. Le chant d’Israël est le Seigneur car il l’a sauvé de ses ennemis et de la mort. Notons tout de suite que la première réaction de Moise et des Israélites est le chant, très probablement accompagné de musiciens, selon les coutumes du peuple. Et c’est un chant pascal, c’est-à-dire le chant du « passage », puisque le peuple a traversé la mer à pied sec.
Si nous cherchons dans la Parole de Dieu les passages où la musique et le chant occupent une place privilégiée, nous nous rendons compte que ça a été en des occasions très importantes de la vie du peuple, comme par exemple au moment de l’intronisation de l’Arche dans le Temple de Jérusalem. Nous lisons au 2° Livre des Chroniques que c’est justement lorsque 120 prêtres sonnaient des trompettes et les musiciens et les chantres faisaient entendre leur voix à l’unisson pour louer et célébrer le Seigneur avec des cymbales et d’autres instruments, que le Temple se remplit d’une nuée, c’est-à-dire de la gloire du Seigneur, à tel point que les prêtres ne pouvaient y continuer leur fonction (cfr. 2 Cr 5,11-14). Une nouvelle fois, la musique et le chant sont directement associés à un évènement extraordinaire, à une intervention directe du Seigneur dans la vie du peuple.
Qu’est-ce que veut dire évangéliser sinon préparer la route au Seigneur afin qu’il intervienne et remplisse les cœurs de sa présence et de sa gloire ? Qu’est-ce que veut dire annoncer l’Evangile sinon proclamer le Salut du Seigneur qui propose à tous les hommes de traverser la mer pour passer de la mort à la vie, de l’esclavage à la liberté? A la lumière de ces passages et d’autres textes bibliques, comme par exemple le chant du Magnificat, je me demande comment est-il possible d’évangéliser sans la musique et le chant? Comment annoncer l’Evangile sans qu’à un moment ou à un autre, il y ait des cris de joie, des sons d’instruments, des chants de salut?
Je ne prétends pas ici faire une catéchèse approfondie sur la musique et le chant dans la vie des disciples de Jésus, mais je voudrais simplement poser une question : quelle place a cette dimension dans l’évangélisation ? Est-ce une option? Un simple accompagnement? Ou bien une voie privilégiée pour glorifier le Seigneur et le faire connaître?
Je pense en particulier aux jeunes dans la vie desquels la musique occupe une place énorme. Jésus qui depuis le soir d’Emmaüs (cfr. Lc 24,12-ss) continue à marcher sur les routes des hommes, veut certainement rejoindre le cœur, la sensibilité et l’âme des jeunes (et pas seulement des jeunes) à travers la musique et le chant.
Il s’agit donc d’une dimension immense de l’évangélisation, quasiment sans limites puisque la création inspirée par l’Esprit Saint n’a pas de limites. Combien investissent-ils dans ce domaine? Le travail ne manque pas ! Non seulement pour ceux qui sont engagés à plein temps dans ce secteur et mettent leurs talents musicaux au service de l’évangélisation, mais aussi comme “fond musical” de toute la mission de l’Eglise. En effet, un jour ou l’autre, d’une manière ou d’une autre, l’annonce de l’Evangile passera à travers mélodies, rythmes et sons d’instruments. C’est ainsi depuis le chant de victoire de la mer rouge, c’est ainsi depuis le Temple de Jérusalem, c’est ainsi depuis le chant des Anges dans le champ des bergers à Bethléem au moment de la venue du Sauveur et ce sera ainsi jusqu’à la fin, jusque dans la Jérusalem céleste où nous chanterons tous ensemble
« le cantique de Moise, le serviteur de Dieu, et le chant de l’Agneau » : « Grandes et merveilleuses sont tes œuvres, Seigneur, Maître de tout…” (Ap 15,3).
Alors n’attendons pas le Paradis pour nous y mettre… Faisons toujours plus nôtre cette dimension de notre vie et de notre mission: proclamons l’Evangile avec des chants de joie! Et si les gens pensent que nous sommes ivres, répondons comme Pierre le matin de Pentecôte:
“Non, ces gens ne sont pas ivres, comme vous le supposez ; ce n’est d’ailleurs que la troisième heure du jour. Mais c’est bien ce qu’a dit le prophète : Il se fera dans les derniers jours, dit Dieu, que je répandrai de mon Esprit sur toute chair. » (Ac 2,15-17).
En Jésus toujours.
Pierre Aguila

